Château de Grattequina et l’île perdue de Blanquefort

Le paysage de la Garonne et de son estuaire a considérablement changé au fil des siècles. Ces changements sont aussi les conséquences de l’action de l’homme. Le Château de Grattequina garde aujourd’hui le souvenir d’une île du même nom rattachée à la rive pour faciliter le trafic fluvial.

L’ile de Blanquefort ou de Grattequina est associée à un lieu réputé pour être difficile à être cultivé en raison des nombreux alluvions du fleuve et un sol argilo-ocalcaire relativement dur. Il fallait gratter le sol régulièrement et en profondeur pour y déployer des cultures. Mentionnée sur le cadastre de 1806, elle en tirerait son nom « Gratte Qui N’a » (mentionné en 1843).

Le développement du port de Bordeaux au XIXe siècle, qui touchera notamment l’un de ses pics d’affluence en 1869, nécessite des aménagements portuaires et le creusement d’un chenal plus profond. Avec ses aménagements, l’ile de Grattequina sera rattachée à la rive gauche du fleuve en 1860.

Le nouveau territoire crée est acquis par le négociant bordelais Frédéric Gièse. Ce dernier confie à l’architecte Louis Michel Garros la construction d’un hôtel particulier sur l’ancienne île (1869).

Les travaux sont réalisés en 1872. La demeure affirme son prestige par une architecture massive mais de qualité. On retrouve au rez-de-chaussée les pièces de réception (grand salon et salle à manger) et de travail du châtelain (bureau et bibliothèque) donnant sur des terrasses et le jardin. Les communs se distribuent dans les soubassements prévus aussi pour préserver la demeure des inondations du fleuve. Les chambres (au nombre de 10) se répartissent sur les deux étages.

Le domaine affirme sa vocation viticole par la plantation de vignes en suivant.

Grattequina et l’extension du port de Bordeaux

L’extension des bassins à flot de Bordeaux en 1906 a mis en évidence l’insuffisance de l’écluse et son incapacité à permettre un flux important de bateaux. Les autorités portuaires sont convaincus que la création d’un débouché en aval du fleuve est indispensable pour offrir un accès moderne aux bassins à flot. En 1910, un projet de canal parallèle à la Garonne alimentant les bassins à flot de Bordeaux est étudié. Il doit aboutir à la fosse de Grattequina par un écluse en eaux profondes. Ce programme très coûteux fut abandonné au profit d’extensions du port côte Lormont rive droite, par le rachat des appontements de Pauillac et le développement des escales au Verdon. Les écluses des Bassins à Flot du port de Bordeaux furent également renforcées.

Renaissance de Grattequina

Après la seconde guerre mondiale, le domaine sera progressivement abandonné par ses propriétaires successifs. Il est racheté en 1986 par la famille Hue. La tempête de 1999 causera de profonds dommages à l’édifice. Totalement rénové, doté d’une passerelle et d’une navette fluviale vers Bordeaux, la demeure est aujourd’hui un Hôtel quatre étoiles de dix chambres.

Bibliographie

Bordeaux, la Gironde par Henri Lorin, 1921, Collection « Les grands ports français »

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