A la recherche de Noviomagus

La reprise des investigations archéologiques sur le site de Brion à Saint-Germain-d’Esteuil a donné un coup de projecteur sur les recherches passées, le niveau de connaissance actuel des vestiges du site de Brion et l’existence de la cité antique de Noviomagus.

Vestiges du théâtre romain, sur le site archéologique de Brion

Dans un précédent billet, nous avions évoqué les événements terribles ayant eu lieu autour de l’an 580 qui avaient remodelé en profondeur la côté littorale du Médoc. L’histoire de Noviomagus et tout au moins la disparition de ses vestiges ont été souvent associés à ces événements.

En 2014, sur le site cestenfrance.fr, j’avais réalisé un article de synthèse « Noviomagus, mythe ou réalité » évoquant les nombreuses hypothèses et le cheminement de la connaissance autour de cette cité mystérieuse. Dans le cadre de recherches personnelles menées dans la littérature à partir du XVIe siècle, il avait été édifiant de constater du peu d’informations résiduelles sur ce sujet jusqu’au XIXe siècle. Les sociétés archéologiques du Médoc et de Bordeaux se sont bien livrées à des investigations sur le sujet mais l’absence de véritables recherches financées sur le long terme ont laissé le site de Brion dans une forme d’oubli.

Sans douter de l’intérêt majeur des vestiges déjà mis en évidence (seul théâtre romain au sud de la Garonne), les recherches n’ont été jusqu’ici que ponctuelles. La reprise des investigations sous le couvert de l’Université de Bordeaux, devrait mettre la lumière, espérons-le, sur ces mystères.

Entre indices et présomptions

Les situations des sites archéologiques sont parfois compliquées à apprécier. Pour des raisons avant tout géologiques et climatiques, le Médoc antique et même médiéval n’avait pas le même visage qu’aujourd’hui. Chacun peut sans le savoir mettre en évidence des indices de ces changements en allant se baigner en bord de mer. Les restes de forêts ou de prairies fossilisées (Paléosols de la côte d’Argent du du Bassin d’Arcachon) qu’on retrouve sur les bords à la dune du Pyla ou sur la Côte d’Argent (Hourtin-Plage et Pin-Sec) matérialisent très concrètement le recul des terres et contribuent aussi aux idées récurrentes de cités perdues englouties par la mer. Cette hypothèse ne peut être remise en question sur le principe mais à un bel inconvénient, l’impossibilité de démontrer quoi que ce soit !

De nouvelles techniques d’investigation permettent de vider artificiellement l’eau et le sable des océans permettrait d’apporter un éclairage nouveau.

Noviomagus par les imprécisions de son positionnement, véhiculé par la tradition orale (à l’époque de Ptolémée) puis par les écritures (depuis le Moyen-Age) est restée une cité mystérieuse disparue dont on ne pouvait chercher des vestiges, car engloutie depuis longtemps.

Au Moyen-Age, le site de Brion était cependant bien connu. Abandonnés au milieu du marais de Reysson,  les vestiges de son théâtre furent même utilisés pour y élever une maison forte. Mais la tradition orale ayant été rompue, l’origine de ces vestiges perdus n’était plus vraiment connue. On doit à Elie Vinet le déterrement du sujet grâce à la cartographie de Ptolémée.

Si aujourd’hui, un chemin évident a été parcouru et devrait, espérons-le, dans les prochaines années mettre en lumière une partie des dernières théories, il est intéressant de voir comment de faux indices et des présomptions copiées d’auteur en auteur ont pu faire perdurer une vision historique erronée.

Le site de Brion est et restera un site remarquable qu’on peut visiter librement au milieu d’une belle promenade entre Saint-Germain-d’Esteuil et le marais de Reysson. La signalétique bien que peu fournie, aide à identifier les différents vestiges en place.

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